Congés sans solde : tout ce que vous devez savoir
Congés sans solde : conditions, durée, refus de l'employeur, impact sur la paie et l'ancienneté. Guide pratique 2026 pour salariés en CDI, CDD et fonction publique.

Les congés sans solde permettent à un salarié de suspendre temporairement son contrat de travail, sans rémunération, pour convenance personnelle ou projet défini. Aucun article du Code du travail n'en impose l'octroi automatique : tout dépend de l'accord de l'employeur ou des clauses de la convention collective applicable. Ce guide détaille les conditions d'accès, les démarches concrètes, les droits maintenus pendant l'absence et les pièges à éviter avant de déposer une telle demande.
Définition et cadre juridique des congés sans solde
Un congé sans solde, c'est une suspension du contrat de travail accordée par l'employeur à la demande du salarié, sans maintien de salaire. Rien à voir avec le congé sabbatique ou le congé parental : ici, pas de droit automatique en dehors de dispositifs légaux précis.
Le Code du travail ne prévoit pas de régime général pour les congés sans solde dits « de convenance personnelle ». L'accord doit être négocié au cas par cas. La convention collective peut néanmoins prévoir des dispositions plus favorables : durée minimale garantie, délai de réponse imposé à l'employeur, conditions d'accès allégées.
Pendant toute la durée du congé, le contrat est suspendu. Pas de salaire, mais le salarié reste juridiquement lié à l'entreprise. À l'issue, il retrouve son poste ou un poste équivalent, sauf accord contraire formalisé par écrit.
Plusieurs formes de congés non rémunérés sont encadrées par la loi :
- Congé sabbatique : réservé aux salariés justifiant d'au moins 6 ans d'ancienneté dans l'entreprise et 36 mois d'activité professionnelle, d'une durée de 6 à 11 mois.
- Congé pour création d'entreprise : ouvert après 24 mois d'ancienneté, pour une durée maximale d'un an renouvelable.
- Congé de convenance personnelle : aucune durée ni condition légale fixée, entièrement soumis à l'accord de l'employeur ou aux stipulations de la convention collective.
Conditions pour demander un congé sans solde en CDI
Pour un salarié en CDI, la demande de congé sans solde de convenance personnelle repose sur la bonne volonté de l'employeur. La loi n'impose aucune condition d'ancienneté minimale pour un simple congé de convenance. Cela dit, dans les faits, les employeurs se montrent nettement plus ouverts après au moins 1 an d'ancienneté (c'est une réalité, pas une règle écrite).
Concrètement, la démarche à suivre :
- Formuler la demande par écrit : courrier recommandé ou e-mail avec accusé de réception, en précisant les dates souhaitées et la durée totale.
- Respecter un délai de prévenance raisonnable : aucun délai légal n'est imposé, mais un préavis de 1 à 3 mois selon la durée de l'absence est généralement attendu.
- Consulter la convention collective : elle peut fixer un délai de demande spécifique et encadrer la réponse de l'employeur.
- Obtenir un accord écrit : avenant au contrat ou lettre d'accord signée, pour protéger les deux parties.
Tout accord de congé sans solde doit être formalisé par écrit, généralement sous la forme d'un avenant au contrat de travail, précisant les dates, la durée et les conditions de retour au poste.
La durée du congé est librement fixée entre les parties. Elle peut aller de 1 jour à plusieurs mois. Techniquement, un congé sans solde d'une seule journée est possible, mais les employeurs préfèrent généralement que les courtes absences soient couvertes par des congés payés ou des RTT existants.
Si des pratiques de management et de formation structurent déjà l'organisation interne de l'entreprise, elles peuvent aussi encadrer la gestion de ces absences prolongées.
L'essentiel
- Le congé sans solde de convenance personnelle n'est pas un droit automatique : il requiert l'accord de l'employeur ou une disposition de la convention collective.
- Les périodes de congé sans solde ne génèrent ni droits à l'allocation chômage ni trimestres de retraite validés, selon France Travail et service-public.fr.
- Pour le congé sabbatique, le salarié doit justifier d'au moins 6 ans d'ancienneté dans l'entreprise et 36 mois d'activité professionnelle.
- L'employeur peut refuser un congé sans solde si le salarié dispose encore de congés payés non pris, et peut exiger leur utilisation préalable.
- Tout accord de congé sans solde doit être formalisé par écrit (avenant ou lettre signée) pour protéger les deux parties sur le poste retrouvé et la date de retour.
Congés sans solde en CDD et dans la fonction publique
Pour un salarié en CDD, le régime est encore plus restrictif. La suspension du contrat à durée déterminée pour convenance personnelle n'est pas prévue de droit. L'accord explicite de l'employeur reste indispensable, et la durée du congé ne peut en aucun cas dépasser le terme du contrat.
Dans la fonction publique, les agents relèvent d'un régime distinct : la disponibilité pour les fonctionnaires titulaires, le congé sans traitement pour les agents contractuels. Les conditions varient selon la fonction publique concernée (État, territoriale, hospitalière) :
- Disponibilité de droit : accordée dans des situations précises (suivre un conjoint muté, élever un enfant de moins de 12 ans, donner des soins à un proche).
- Disponibilité sur demande : soumise aux nécessités de service, pour convenance personnelle ou création d'entreprise.
- Durée : variable selon le motif, de quelques mois à 5 ans renouvelables dans certains cas.
Contrairement au secteur privé, les congés sans solde (ou disponibilités) dans la fonction publique n'entrent pas dans le calcul de l'ancienneté pour l'indemnité de licenciement ni pour les droits à avancement. La question de la protection sociale pendant cette période mérite une attention particulière.
La direction des ressources humaines joue un rôle clé dans le traitement de ces demandes, notamment pour vérifier la conformité avec la convention collective et gérer l'impact sur l'organisation des équipes.
Refus de l'employeur : quand et comment peut-il dire non
L'employeur peut librement refuser un congé sans solde de convenance personnelle. Il n'a pas à motiver sa décision, dès lors qu'aucune convention collective ou accord d'entreprise ne l'oblige à l'accorder. Ce refus n'est ni une faute ni une discrimination.
Mais pour les congés légalement encadrés (congé sabbatique, congé pour création d'entreprise), les règles changent. L'employeur dispose d'un délai de réponse imposé et ne peut que différer le départ, pas le refuser définitivement, sous certaines conditions :
- Congé sabbatique : report possible de 6 mois maximum. Le refus n'est admis que si le salarié ne remplit pas les conditions d'ancienneté ou si le quota de salariés simultanément absents est atteint.
- Congé pour création d'entreprise : report possible dans la limite de 6 mois après la date demandée. Le refus pur n'est envisageable que dans les entreprises de moins de 300 salariés, sous conditions.
Si le salarié part malgré le refus, il s'expose à une rupture du contrat à ses torts. Une absence non autorisée peut constituer une faute grave justifiant un licenciement. Formaliser tout accord par écrit avant de s'absenter n'est pas une précaution superflue : c'est une nécessité.
Impact sur la paie, l'ancienneté et les droits sociaux
Pendant un congé sans solde, le salarié ne perçoit aucune rémunération. Les cotisations sociales cessent d'être versées, ce qui a des répercussions directes sur plusieurs droits :
- Assurance maladie : le salarié perd ses droits aux indemnités journalières passé un certain délai. Il bénéficie du maintien de la Sécurité sociale pendant 12 mois via la portabilité des droits (article L. 161-8 du Code de la Sécurité sociale).
- Retraite : les trimestres non cotisés ne sont pas validés. Une année complète d'absence peut représenter jusqu'à 4 trimestres perdus.
- Ancienneté : selon les conventions collectives, la période de congé sans solde peut être neutralisée dans son calcul. Selon service-public.fr, les congés sans solde ne sont pas pris en compte pour l'ancienneté liée à l'indemnité de licenciement.
- Chômage : les périodes de congé sans solde, sabbatique ou de disponibilité ne génèrent aucun droit à l'allocation chômage. Elles ne sont pas comptabilisées comme périodes d'affiliation selon France Travail.
À noter que les droits aux indemnités journalières en cas de maladie peuvent également être affectés par une absence prolongée ; il est utile de comprendre comment fonctionne le mécanisme de l'arrêt maladie et du maintien de salaire pour anticiper toute interruption imprévue au retour.
L'acquisition de congés payés est également suspendue pendant l'absence. En l'absence de disposition conventionnelle contraire, le salarié n'accumule pas de nouveaux jours de congés.
Congés sans solde alors qu'il reste des congés payés
Un employeur peut conditionner l'octroi d'un congé sans solde à l'épuisement préalable des congés payés non pris. Autrement dit, il peut exiger que le salarié utilise d'abord ses droits acquis avant de basculer sur une période non rémunérée.
Cette pratique est courante dans les PME et TPE, où la gestion des absences doit rester prévisible. La jurisprudence sociale la reconnaît, avec une limite : l'employeur ne peut pas imposer au salarié de poser des congés payés à une date précise sans respecter les délais légaux de prévenance (en principe 1 mois minimum avant le départ en congé imposé).
Certaines conventions collectives vont plus loin et prévoient explicitement que les congés sans solde ne peuvent être accordés qu'après épuisement des droits à congés payés et de tout compte épargne-temps (CET) disponible. Vérifier la convention applicable avant toute demande n'est donc pas une formalité, c'est un préalable.
Dans le secteur de l'aide à domicile et chez les assistantes maternelles, service-public.fr précise qu'un congé pour convenance personnelle non rémunéré peut être accordé, à la seule discrétion de l'employeur particulier.
Sources
Fiche pratique
| Coût estimé pour le salarié | Perte de l'intégralité du salaire net (environ 1 420 € nets/mois au SMIC 2026) |
| Délai de demande recommandé | 1 à 3 mois avant la date souhaitée (2 mois selon certaines conventions collectives) |
| Statuts juridiques concernés | CDI, CDD (avec accord employeur), agents publics contractuels |
| Conditions légales | Aucune condition pour le congé de convenance personnelle ; 6 ans d'ancienneté pour le sabbatique ; 24 mois pour création d'entreprise |
| Obligations du salarié | Demande écrite, respect du délai de prévenance, obtention d'un accord écrit avant le départ |
| Impact sur la retraite | Jusqu'à 4 trimestres non validés par année d'absence complète |
| Droits maladie maintenus | 12 mois maximum via la portabilité des droits (art. L. 161-8 CSS) |
| Droits au chômage | Aucun : les congés sans solde ne sont pas pris en compte comme périodes d'affiliation (France Travail) |
| Organismes de référence | service-public.fr, France Travail (francetravail.fr), URSSAF (urssaf.fr), Inspection du travail |
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil comptable, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un expert-comptable ou un avocat pour toute décision engageant votre entreprise.
FAQ pratique
Quelles sont les conditions pour prendre un congé sans solde ?
Pour un congé sans solde de convenance personnelle, le Code du travail ne fixe aucune condition légale minimale : l'accord de l'employeur est indispensable, point. Pour les congés encadrés (sabbatique, création d'entreprise), des seuils d'ancienneté s'appliquent : au moins 6 ans pour le sabbatique, 24 mois pour le congé création. La convention collective peut prévoir des conditions plus favorables.
Est-ce qu'un patron peut refuser un congé sans solde ?
Oui. Pour un congé de convenance personnelle, l'employeur peut refuser sans avoir à se justifier, dès lors qu'aucun texte conventionnel ne l'oblige à l'accorder. Pour les congés légalement encadrés comme le sabbatique, il peut seulement différer le départ de 6 mois maximum. Il ne peut pas refuser définitivement si le salarié remplit toutes les conditions requises.
Quels sont les inconvénients d'un congé sans solde ?
Le congé sans solde suspend tout versement de salaire et déclenche plusieurs pertes en cascade : pas de cotisations retraite (jusqu'à 4 trimestres perdus par an), droits à l'assurance maladie limités à 12 mois, pas d'acquisition de congés payés, et aucun droit à l'allocation chômage pendant cette période selon France Travail. L'ancienneté peut aussi être neutralisée pour le calcul de l'indemnité de licenciement.
Quel délai pour demander un congé sans solde ?
Aucun délai légal n'est imposé pour un congé de convenance personnelle. En pratique, un préavis de 1 à 3 mois est attendu selon la durée de l'absence. La convention collective peut fixer un délai obligatoire, souvent 2 mois avant la date souhaitée. Pour le congé sabbatique, la demande doit être adressée à l'employeur au moins 3 mois avant la date de départ envisagée.
Un salarié en CDD peut-il prendre un congé sans solde ?
Un salarié en CDD peut obtenir un congé sans solde uniquement avec l'accord explicite de l'employeur. Le contrat à durée déterminée ne peut pas être suspendu de droit pour convenance personnelle. La durée du congé ne peut en aucun cas dépasser le terme prévu du CDD. En l'absence d'accord, partir sans autorisation peut entraîner la rupture du contrat aux torts du salarié.
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